[i563]                                        DE LA VILLE DE PARIS.                                           193
CCXCVII. — Lettres de la Royne touchant les pouldres W.
12 février i563. (Fol. 170 r°.)
"Monsieur, vostre homme, present porteur, ayant passé au camp du Roy monsieur mon filz, m'est venu trouver avecq la lettre que vous m'avez escripte, et le discours de ce que vous aviez peu descouvrir dc l'inconvénient advenu aux pouldres, que j'ay esté très aise de veoir, affin d'estre tant mieulx esclair-cye de la chose, comme elle est passée, laquelle, s'il ya eu riens de meschans, ne sçnuroict faillir à estre bien tost vériffiée, ce que je desire singuliairement, affin que ceste Ville lai qui est le plus cher fleuron de ceste couronne soict conservée et maintenue hors de tout danger et suspect, à quoy je m'asseure que vous n'oublirez riens de vostre costé, selon Ia fidelle affection que vous avez tousjours et en tant de sortes demonstrée au Roy mond, filz, qui de sa part et moy de la mienne emploirons à cet effect tout ce que nous avons de pouvoir pour la tenir en la paisible asseurance et repos quc nous luy desirons, à quoy servira l'ordre que y apportera l'arest nagueres donné en la Court de Parlement(2) pour contenir l'in-sollence des peuples et faire que tout passe par le fil et le chemin de la justice. Quant à l'advertisse-ment que vous avez eu de Meaulx, des assemblées ct ruinemens qui se font là autour, il y a longtemps qu'il a esté faict despesches partout aux gouverneurs des provinces et cappitaines qui sont aux places, si­tost qu'ilz en sçauront quelque une, mectre sur
toutes les forces qu'ilz pourront, noblesse, gens de guerre et peuple à son de tocquesain, et les mectre en pieces, ce que faisant leur debvoir de ce costé là ilz ne deveroient oublier. Mais encores ay je faict presentement expedier une commission à mon cou­sin le Grant Prieur'3', qui est en ces quartiers là, pour y mectre la main à bon essient et nettoyer le pays de telle vermyne. Priant Dieu, Mess", vous avoir en sa garde.
"Escript à Bloys, le xnejour de Febvrier cinq cens soixante deux, n
Et puis ensuyt de l'escripture de la propre main de la Royne :
"Je vous prye vous asseurer, que ce n'estoict le besoing que je voy estre de la presence du Roy mon filz en ce cousté pour daventaige encourrager son armée pour bien tost remectre Orleans en son obeis­sance, comme je desire, que il n'eust esté si longue­ment sans retourner vous veoir, comme il fera, si Dieu plaist, bien tost, avecq la victoire d'avoir remis ceste ville en son obeissance, se plus tost vous en­couriez en quelque hazart, je vous prie vous assurer que lerrons tousjours toutes choses pour la conser­vation de vostre Ville et de voz personnes, car nous la debvons pas moings conserver que nous mesmes. "
Signé : KATHERINE.
Et au dessoubz : de L'Aubespine.
çaises. Le procureur général du Roi ayant interjeté appel a minima, le Parlement, par arrêt du io février, cassa la sentence du Châ­telet et, rtpour les villains et exécrables blasphèmes, actes séditieux et autres cas declarés au procès », condamna le capitaine Bouguier à étre pendu et étranglé à une potence mise et plantée en place do Grève devant l'Hôtel de Ville, ensuite «son corps mort mis et gecté, ars, bruslé et consommé en cendres dedans un feu qui sera faict au pied de lad. potence n. L'arrêt de mort du io février, qui se trouve biffé dans le Registre criminel du Parlement, reçut son exécution le même jour. (Archives nationales, Parlement de Paris, X-1 i3o,fol. 238.)
O Ces lettres de la Reine-Mère au Prévôt des Marchands ne figurent point dans le recueil des Lettres de Catherine de Médicis.
(2)   L'arrêt en question, rendu le io février 1563 contre les sectateurs de la nouvelle religion, ordonnait la confiscation de tous les biens meubles el immeubles, états et offices appartenant à tous rebelles, convaincus d'avoir porté les armes contre le Roi, biens qui devaient être placés sous la main de commissaires chargés d'en percevoir les revenus et vendus au plus offrant et dernier enchérisseur; il enjoignait également aux sujets du Roi de déclarer tous les biens desdits rebelles et à tous juges de veiller à ce que les saisies et ventes no fussent point entravées. Cet arrêt fut publié le même jour dans les carrefours de la capitale. (Archives nationales, Parle­ment de Paris, X1A i6o4, fol. 286 r°.)
(3)   Catherine de Médicis, dans une lettre au maréchal de Montmorency en date du 18 février, mentionne cette commission expédiée au Grand Prieur ttpour purger quelques assemblées qui se faisaient en ces quartiers-là-, commission que la Reine fit adresser au sr de Pavans, lorsqu'elle apprit "l'extrémité do la malladie du Grand Prieur». Effectivement François de Lorraine, général des galères de France, frère du cardinal de Guise, grièvement blessé à la bataille de Dreux, et qui rparticipa bien avant à l'honneur de ceste victoire»!, succombait le 6 mars 1563. D'après Claude Haton (Mémoires, t. I, p. 32), il aurait été empoisonné, «ainsi qu'en fut le commung bruict», par les huguenots, qui craignaient de le voir succéder au feu duc de Guise, son frère. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 456, 511.)